Cadeau

Elle est entrée avec un sourire empreint de douceur à la fin de l’après-midi, précédant dix jeunes adolescents, comme une mère poule ses poussins.

Je les ai regardés, attendrie et étonnée, entrer et prendre place au fond du salon, en cercle, tout serrés les uns contre les autres, grande famille de tendresse où personne ne peut être exclu.

L’adulte, je la connais, comme on reconnaît la lumière sainte sans savoir ce qu’elle a de sainteté. Elle est et c’est toute sa différence.

Je n’ai pris garde que plus tard qu’ils ont tous choisi selon un budget préétabli : un peu de douceur pour fêter l’instant, comme une coupe de champagne pour baptiser la préciosité du moment présent.

Elle est venue à moi pour régler l’addition avec ses propres deniers :

– Ce sont mes pensionnaires, mais vous savez, j’en ai quarante-quatre. J’ai choisi les plus sages pour leur faire découvrir mon petit coin de paradis.

Cadeau            Cadeau            Cadeau

Immédiatement, les larmes me sont montées du coeur, ont débordé de mes cellules.

Vous qui me jugez, qui voudriez me voir changer, marcher dans les clous, je vous offre cet Instant-Cadeau, mon instant-paradis.

Votre coeur saura-t-il sentir la chaleur du mien dans cet espace-temps béni de Dieu ?

Sans peur du ridicule, j’aurais pu m’agenouiller dans cette seconde. Mon âme s’est agenouillée devant cette dame et ses tout jeunes protégés.

Puis mon esprit a déballé le cadeau : l’envie de partager de cette mère-surveillante exemplaire, la contrainte administrative de l’autorisation de sortie, les recommandations aux petits, si bons élèves qu’ils méritent une villégiature de grands.

Je les ai vus quitter le lycée en groupe compact et léger, légers de ce moment de privilège mérité pour bonne conduite depuis des jours.

Triés sur le volet, comme des diplômés de médecine !

– Vous savez, il y en a que je n’aurais pas pu emmener, trop turbulents.

Recalés de sagesse ! Mais pour quelle douleur ? Pour quelle effronterie ? Pour quelle révolte ? Pour quelle malice ?

Avec ceux qu’elle m’offre, une vague de douceur et de lumière s’installe dans mes murs, dans mon coeur, mais aussi une vague d’amour pour les « laisser-pour-compte ».

Peut-être un jour, Madame, ferez-vous goûter aussi à ces bons petits diables déguisés un de vos bonheurs simples, pour qu’eux aussi touchent du doigt qu’on peut vivre des petits moments de paradis qui, de prime abord, n’y ressemblent pas.

Moi, la privilégiée des anges par le cadeau que vous me faites, Madame, je vous attends tous dans le creux de mes bras, tout contre mon coeur.

Namasté

Le buisson fleuri de l’amour

Boum ! Coup de foudre !

De la graine explosée le rameau sort d’un seul coup, mais il est encore si fragile. Il faut le tuteurer, l’arroser, le protéger, veiller sur lui comme sur la prunelle de nos yeux. Une seule seconde d’inattention et il se dessèche, de trop de fragilité, de trop de rapidité, de trop d’empressement.

L’amour fusion prend tout son temps.

Deux regards s’effleurent, l’univers s’arrête. Deux minuscules phéromones se reconnaissent et s’attirent, se souviennent.

La graine sèche sous la terre rencontre l’eau, la chaleur du ventre maternel. Elle prend tout le temps qu’il faut à toute éclosion. Doucement, elle s’entrouvre, s’épanouit, s’expand, étire une racine, puis étire un rameau hors du ventre tiède, vers le ciel, vers le père, le « grandisseur ».

L’amour a pris racines. Il allonge un rameau, puis deux. Il ressemble au crâne chevelu du nouveau-né émergeant entre les jambes de sa mère. Petit buisson de duvet. Tendre apparition, merveille de pureté et d’hésitation.

Ce n’est pas encore l’amour, ce n’est pas encore l’enfant, c’est la magie, l’âme agit.

D’on ne sait où, elle pousse en avant l’âme.

Choisit-on vraiment ?! A ce stade du déroulement, il faut encore des mains expertes, des mains accueillantes pour que l’enfant et l’amour surgissent.

La première respiration donne le ton jusqu’à l’ultime.

Pour la graine et l’enfant, il faut cette unique seconde de la toute première rencontre avec l’air.

Ensuite, c’est un long chemin…

Il faut des soins. Il faut du temps. Il faut de l’ardeur. Il faut de la patience. Il faut du courage et de la patience encore. Il faut … de la passion, dans le sens amour inconditionnel, pas celle qui brûle et détruit tout sur son passage.

La main du jardiner caresse, veille, surveille.

La main de Dieu caresse, veille, surveille, toujours présente, mais nous n’y croyons pas, parce que nous ne La voyons pas.

Nous nous sentons seule-s devant la tâche. Élever un enfant. Élever un arbuste. Élever l’Amour.

Le plus chanceux est sûrement le jardinier. Il est dans le concret, dans le lâcher-prise absolu. La plante s’en remet à lui dans la confiance la plus totale. Il n’y a plus de velléité, pas de révolte, juste une pure communication :

– Là il me faudrait un peu d’eau

– Je m’étiole, nourris ma terre

– Aïe ! Je brûle ! C’est quoi ce soleil ?

L’enfant s’enfuit, s’esquive, petite sardine fluorescente et imprévisible. L’amour aussi.

Il faut rester sur ses gardes, toujours, à chaque instant.

Mais le temps qui passe et l’âme-agit font des miracles.

Les racines s’accrochent, les rameaux s’affermissent.

Les premiers bourgeons pointent leur petit nez vert pomme. Les premiers émois explosent en vagues pourpre. Ce n’est pas encore une fleur. Une feuille déjà, un capteur d’air. Pour plus, encore plus d’énergie, encore plus d’assise.

L’amour s’installe, secoue son popotin pour se caler bien confortablement dans la méridienne.

Souvent à ce stade, nous pensons la partie gagnée.

Plus d’effort à faire, plus de vigilance, nous nous croyons posés sur des rails et pourtant c’est la chute, le faux pas qui anéantit tout le labeur.

L’arbuste s’étiole, périt.

L’amour éclate comme une bulle de savon sans consistance.

Pourquoi ? Quelle est l’erreur à ne pas commettre ?

Croire un jour que tout est acquis, que tout nous est donné pour l’éternité : « ça y est, moi j’ai fait ma part, maintenant repos ! »

Une seconde d’égarement, une seconde d’inattention et tout est à refaire.

Nous pouvons parfois in-extremis « sauver les meubles » dans cette combustion instantanée. Mais que d’efforts à refaire pour relancer la vie.

Le jardinier nous l’apprend : désherber, sarcler, aérer, nourrir, arroser, regards tendres et émerveillés. Il en va de l’amour comme du potager. La régularité d’un métronome, la vigilance d’un gardien de plage.

« Il vaut mieux le doute que l’erreur » disent les pompiers. Le geste posé n’était pas tout-à-fait le bon, mais un acte a été mis en place, et c’est l’essence-ciel. Il est permis de se tromper, pas de faillir.

Soudain, sans que nous y ayons pris garde, tout absorbé-e par le chemin au point d’en oublier le but, la récompense ultime surgit : la première fleur, éblouissante.

La délicieuse morsure au coeur de l’amour accompli.

Puis c’est l’explosion. Une deuxième fleur, une troisième. Le coeur s’étire, gonfle, devient cathédrale. Le buisson devient ardent. L’amour peut-il l’être plus ?

Oui. Il s’épand comme le parfum des fleurs, s’envole dans le pollen porté par l’abeille, se transforme en effluves, en miel, en douceur, en harmonie.

Nul-le n’est insensible, tout est inondé.

C’est l’alchimie.

Le plomb devient or ruisselant.

La vie trouve sa finalité, s’insinue comme la lave ou le ruisseau, devient océan, devient univers.

Namasté

Merci à Nelly, Sébastien, Didier, à mes petites fleurs et bourgeon et à leurs jardiniers.

Les organes des 6 sens

Nous venons au monde avec des visages d’anges, mignons petits nez, yeux tout ronds d’étonnement, lèvres fraîches et roses de plaisir, petites oreilles roulottées prêtes au déploiement, mains potelées et fermées sur des trésors insoupçonnés, petons jolis ménagés par le plus doux des sentiers menant à la vie.

Au fur et à mesure que les jours s’écoulent, nos sens s’étirent comme des tapis sans fin.

Tout recroquevillés sur nos corps, ces organes-antennes font leurs premiers pas. Tout recroquevillés sur nos corps, ils protègent encore pour quelques semaines, quelques mois, une sensibilité exacerbée et nue de tout jugement, tout à priori.

L’intégralité de ce que le corps du nouveau-né perçoit est vraie. En fusion totale dans le ventre maternel, il ne reconnaît pas immédiatement la scission induite par la première inspiration.

Encore plus que la coupure du cordon ombilical le retranche d’un monde de rêve et de douceur, cette première grande goulée d’air introduit en lui un monde extérieur.

Ses perceptions ne sont que sensations. Comme un petit escargot replié dans sa coquille, tout son monde vit à l’intérieur de lui, il n’y a pas encore de frontières, de dedans-dehors.

Puis, petit-à-petit, ses sens se développent. Petit-à-petit, nos sens se développent.

L’odeur du corps maternel est première référence. Vient se greffer la voix du papa reconnaissable entre toutes. Nos paupières clignotent pour découvrir les contours sortis du monde de lumière. La bouche goulue cherche la survie à un bouton de bottine nourricier. Nous ouvrons nos petits poings serrés pour bien vite les refermer sur un doigt-amarre.

Très entourés d’encouragements parentaux et familiaux, nous éclosons tel un coquelicot tout fripé de son bourgeon.

Nos yeux s’écarquillent sur la beauté du monde, nos bouches goûtent mille saveurs quotidiennes jamais identiques, nos oreilles se déploient doucement comme des anémones de mer et nos mains se transforment en ailes de papillons ivres de ne plus savoir où se poser pour découvrir, apprendre, ressentir, dire, vibrer. Nos pieds nous servent de jouets rigolos à portée de bouche pour quelques mois seulement et définissent la limite de ce qu’il y a de plus lointain en ce corps souple sujet à merveilleuses révélations.

Les années passent et nous nous saturons.

Les premières sensations extraordinaires du nouveau-né deviennent habitudes, banalité.

Plus d’émerveillement, ou si peu.

Les sons agressent, dérangent ou couvrent nos propres tortures mentales, la vue ne veut plus voir que la laideur, le goût ne trouve plus la fraîcheur de la nouveauté, nos mains fatiguées de s’être si souvent levées aspirent à ne plus rien faire et nos pieds portent tout le poids de nos attentes vaines.

Les organes des sens des personnes âgées trahissent leur vie et-ou leurs origines. Les paupières tombantes sur les pupilles disent leur lassitude, les nez en aubergine leur goût pour une certaine boisson à la couleur identique (mais attention ! Ce n’est pas une généralité  😉  ). Les pavillons des oreilles racontent leur ouverture au monde et la sociabilité, les mains sont douces, rugueuses ou caleuses selon ce à quoi nous les avons contraintes, mais plus que tout, les lèvres disent l’amertume ou la joie, la gourmandise ou le dégoût, les rires et les colères.

Les cinq sens-voiles cousus à notre corps-caravelle nous poussent à pourfendre les flots à la découverte de nos amériques.

Prenons garde à ce que règne l’harmonie et la beauté des premières heures jusqu’à la dernière.

Prenons garde à ce qu’un trop grand déploiement ne nous coupe pas du ressenti du petit escargot-coquelicot, le sixième sens qui nous accompagne dès la naissance, si ce n’est avant …

Belle navigation !

Namasté

Le manque

Quand nous concentrons notre pensée sur un manque, nous renforçons cet état de fait.

Manque d’amour

Manque d’argent

Manque d’énergie

Manque de santé

Manque d’harmonie, etc.

Le « personne ne m’aime » nous nimbe d’une lumière grisouille qui n’encourage personne à nous aborder.

Ce que nous créons dans un état d’esprit de besoin absolu se teinte d’une énergie qui repousse un acheteur potentiel plutôt que de l’encourager à en faire l’acquisition.

L’état d’épuisement physique est un appel du corps à se reposer, à prendre du temps pour soi, à se poser dans une bulle de douceur, loin de toute inquiétude, surtout celles que nous portons à la place des autres. A ne pas confondre avec l’état d’épuisement moral. Quand c’est la tête qui dit :

– beuh ! pô envie d’y aller …

il y a à se prendre gentiment par la main pour dépasser le premier instant de dégoût et se mettre en route. Les joggeurs connaissent bien cet effet : malgré le manque d’envie du mental, les premières foulées quelque peu difficiles s’envolent tout à coup sur la sensation qu’il leur pousse des ailes. Ils transforment leur grande fatigue morale en une douche de fraîcheur qui leur vide la tête et les encourage à recommencer à courir à chaque coup de blues.

Focaliser nos pensées sur un grave problème de santé nous conduit tout droit au cimetière. Qu’apprennent donc nos chers médecins en faculté qui nous balancent sur le même ton que « il fait frais ce matin » :

– Madame (Monsieur) il vous reste six mois à vivre.

Combien se rappellent de cette phrase qu’on leur a asséné cinq ans avant, dix ans voire vingt-cinq ans avant ?! Moi qui suis en contact quasi quotidien avec du public, j’en connais plus que vous ne pouvez l’imaginer.

Quelle force les a conduit à dépasser l’échéance fatidique sournoisement suggérée à des fins de servir l’industrie pharmaceutique ? Tout au moins sans aucune pédagogie ni compassion ?

Beaucoup de nous se laissent happer par le marasme ambiant et l’agressivité. Dans les cours d’école déjà sévit un vilain petit peuple qui titille, agace, manipule, mord et griffe. Comment surmonter le manque d’harmonie qui œuvre déjà à cinq ans ? À quinze ans ? Dans tous les binômes que nous créons en couple, en amitié, entre collègues, quel que soit l’âge ?

A tous ces cas de figure et probablement à d’autres cas de manque que je n’ai pas cités, il n’y a qu’une seule parade :

la confiance en Soi.

Les religieux l’appellent la foi ou la béatitude ; les philosophes l’appellent le lâcher prise ; les spiritualistes l’appellent l’amour de soi ; les bisounours l’appellent l’Amour avec un grand A.

Je ne reçois pas d’amour, qu’importe ! car moi j’aime, mon coeur déborde d’amour inconditionnel.

Je manque d’argent, qu’importe ! Tout ce qui me comble n’a pas de valeur marchande : l’amitié, les échanges, les câlins, les bisous, la nature généreuse et féconde de milliards de trésors.

Je manque d’énergie ! Je fais le distinguo entre ce que mon corps souhaite et ce que mon mental dirige. Si seul le second manipule, je lui reprend gentiment le pouvoir et me pousse doucement en avant.

Je manque de santé ! J’écoute le message de mon corps que je n’ai pas entendu malgré ses appels multiples. Je me fais aider, si nécessaire, par des « traducteurs de cellules » (tout ce qui est de l’ordre de la médecine énergétique respectueuse de ma nature humaine). La sonnette d’alarme qu’est la maladie éveille ma vigilance et me conduit à modifier mes habitudes, qu’elles soient alimentaires, de pensées, de comportement. Je m’ouvre à mon discours intérieur et revient en amour pour mon corps qui m’accompagne en ami patient et fidèle, à la vie à la mort.

Je manque d’harmonie ! Je ne me laisse plus happer par les fauteurs de troubles, les vampires de quiétude qui souhaitent ne pas être seuls à tempêter, gronder et ronchonner.

J’apprends à mes enfants à m’éloigner des petits tyrans stériles. Moi-même je me protège de tout vecteur de perte d’énergie : mauvaises nouvelles médiatisées, scénarios catastrophes, séries criminelles, films d’horreur, relations destructrices et de mon geôlier le plus tenace : mon inquiétude permanente.

Par l’exemple, j’apprends à mes enfants que la vie s’écoule inexorablement, péniblement ou avec facilité, selon mon seul choix.

Ouach ! Quelle responsabilité !!!

C’est tellement plus simple d’accuser l’autre ou les circonstances.

Certes, j’en conviens …

A chacun sa liberté !

Namasté

Papa

Les papas le sont de l’extérieur.

Les mamans le sont de l’intérieur.

Tellement d’hommes m’ont dit : je me suis senti papa quand j’ai porté mon enfant pour la première fois.

Pourquoi croyez-vous que cela soit différent pour nous les femmes ?

Bien sûr, il y a ces envies ridicules qui nous rappellent « que quelque chose se passe » et nous dédouanent de nos moindres caprices.

Bien sûr, il y a ces nausées incongrues qui nous soulèvent le coeur à la moindre vue de l’aliment coupable.

Bien sûr, il y a une petite grenouille qui tout à coup nous chatouille le nombril… de l’intérieur.

Est-ce cela qui nous rend mamans avant vous ?!

Non.

Tout comme vous, Messieurs, ce nouveau statut que nous avons choisi (ou pas) nous inquiète, nous réjouit, nous emporte sur des « et si … » dans l’attente infinie.

Et soudain, c’est nous qui devenons comme la grenouille de la fable.

Se sentir maman, est-ce cela : se tordre la colonne vertébrale contre le ciel pour garder l’équilibre ? Prendre un miroir pour s’assurer que nos orteils sont bien là sous cette expansion de notre corps qui modifie notre vue, nos perceptions et nos pensées ?

Se sentir papa ne se vit pas de l’intérieur, certes.

Nulle nausée, nul caprice et c’est dommage.

– je suis l’observateur amusé, agacé, souvent attendri.

Aucune femme ne sait ce que c’est être maman avant cette seconde merveilleuse où chacun attend ce signe de vie, le premier cri souvent, les mains qui touchent, les yeux qui voient, le coeur qui bondit dans une explosion qui est peut-être une implosion … et les larmes qui débordent.

A cette même seconde, Messieurs, où vous vous dites :

– ça y est ! Je suis Papa !

nous nous disons :

– ça y est ! Je suis Maman !

Génétiquement ou pas d’ailleurs, est-ce cela l’important ?! La seconde est la même dans tous les cas de figure.

Devenir maman ou papa tient à cet instant où l’on voit, on touche, on hume un petit être tout neuf à la vie pour la première fois.

Une couronne de régnant s’installe sur notre tête.

Un nouveau statut social nous contraint à moins de bêtises, plus de sérieux, de nouvelles responsabilités dont nous ne savons presque rien, ou si peu.

Et c’est ce petit bout de vie qui nous apprend, qui nous fait grandir vraiment, connaître nos limites, qui nous renvoie à notre propre enfance, à nos joies, à nos blessures.

– Viens ! Je te montre ce que c’est être papa, dit l’enfant au premier contact.

– Viens maman ! Mon petit nid d’hirondelle, ma coquille d’œuf, nous allons enfin vraiment nous connaître (ça c’est ce que tu crois  😉  ).

En route pour la Grande Histoire d’Amour.

En route pour l’apprentissage de l’Amour Inconditionnel.

Toi, maman, tu gardes tes deux bras repliés en signe de protection.

Toi, papa, tu ouvres grands tes bras pour déjà m’apprendre, pa à pa, comment, un jour lointain, je devrai m’envoler.

Selon mon souhait intérieur ou extérieur, je joue avec vous : quelles sont tes limites maman ? Jusqu’où m’ouvres-tu la porte papa ? Je vous divise pour savoir jusqu’à quel point vous êtes solidaires et unis.

J’ai l’impression qu’un petit diable me pousse à vous tester dans ce jeu de ping-pong.

Pourtant, je n’ai qu’un seul but, qu’un seul besoin :

– y a-t-il un seul humain sur Terre qui saura me faire retrouver mon paradis perdu ?

– qui de vous deux, qui de vous tous, m’apprendra que ce paradis je l’ai apporté avec moi ?

– qui comprendra le premier de vous ou de moi qu’il n’y a pas d’intérieur, qu’il n’y a pas d’extérieur non plus, il n’y a qu’un seul lieu, il n’y a qu’un seul maintenant …

… dans cette seconde, tout est Amour

Namasté

Merci à Jean et à Marie qui sont venus à moi hier dans ce halo de Paradis, dans cette Évidence qui les rend angéliques

Ode à tous les Humains

Le Très-Bas – Christian Bobin

Les hommes ont peur des femmes. C’est une peur qui leur vient d’aussi loin que leur vie. C’est une peur du premier jour qui n’est pas seulement peur du corps, du visage et du coeur de la femme, qui est aussi bien peur de la vie et peur de Dieu. Car ces trois-là se tiennent de près – la femme, la vie et Dieu. Qu’est-ce qu’une femme ? Personne ne sait répondre à cette question, pas même Dieu qui pourtant les connaît pour avoir été engendré par elles, nourri par elles, bercé par elles, veillé et consolé par elles. Les femmes ne sont pas Dieu. Les femmes ne sont pas tout à fait Dieu. Il leur manque beaucoup moins qu’à l’homme. Les femmes sont la vie en tant que la vie est au plus près du rire de Dieu. Les femmes ont la vie en garde pendant l’absence de Dieu, elles ont en charge le sentiment limpide de la vie éphémère, la sensation de base de la vie éternelle. Et les hommes, ne pouvant dépasser leur crainte des femmes, croyant la dépasser dans des séductions, des guerres ou des travaux, mais ne la dépassant jamais réellement, les hommes, ayant une peur éternelle des femmes, se condamnent éternellement à ne presque rien connaître d’elles, presque rien goûter de la vie et de Dieu. Parce que ce sont les hommes qui font les Églises, il est inévitable que les Églises se méfient des femmes, comme d’ailleurs elles se méfient de Dieu, cherchant à apprivoiser celles-ci et celui-là, cherchant à contenir la vie en crue dans le lit bien sage des préceptes et des rites …

… La différence entre les hommes et les femmes n’est pas une différence des sexes mais des places. L’homme c’est celui qui se tient à sa place d’homme, qui s’y tient avec lourdeur, avec sérieux, bien au chaud dans sa peur. La femme c’est celle qui ne tient dans aucune place, pas même la sienne, toujours disparue dans l’amour qu’elle appelle, qu’elle appelle, qu’elle appelle. Cette différence serait désespérante si elle ne pouvait être franchie à tout instant.

L’homme qui ne sait des femmes que la crainte qu’elles lui inspirent et qui donc n’en sait rien, l’homme a cependant un début de lumière, un fragment de ce qu’est Dieu, dans sa mélancolie du rire des femmes, dans sa nostalgie invincible d’un visage éclairé d’insouciance. Il est toujours possible pour un homme de rejoindre le camp des femmes, le rire du Dieu. Il y suffit d’un mouvement, un seul mouvement pareil à ceux qu’en ont les enfants quand ils se jettent en avant de toutes leurs forces, sans crainte de tomber ou mourir, oubliant le poids du monde. Un homme qui ainsi sort de lui-même, de sa peur, négligeant cette pesanteur du sérieux qui est pesanteur du passé, un tel homme devient comme celui qui ne tient plus en place, qui ne croit plus aux fatalités dictées par le sexe, aux hiérarchies imposées par la loi ou la coutume : un enfant ou un saint, dans la proximité du Dieu – ou des femmes. Et sur ce point l’Église de Rome se sépare de toutes les autres : nul plus que le Christ n’a tourné son visage vers les femmes, comme on tourne ses regards vers un feuillage, comme on se penche sur une eau de rivière pour y puiser force et goût de poursuivre le chemin. Les femmes sont dans la Bible presque aussi nombreuses que les oiseaux. Elles sont là au début et elles sont là à la fin. Elles mettent le Dieu au jour, elle le regardent grandir, jouer et mourir, puis elles le ressuscitent avec les gestes simples de l’amour fou, les mêmes gestes depuis le début du monde, dans les cavernes de la préhistoire comme dans les chambres surchauffées des maternités.

Christian Bobin – Le Très Bas

Chapitre « Le camp des femmes, le rire du Dieu »

ISBN 2-07-072/15-2

Nos différences nous rendent complémentaires. Nous ne sommes que la moitié du Tout les uns sans les autres. Rejoignons-nous dans le respect de nos forces et de nos fragilités, dans la complétude du Un dont nous nous croyons séparés. Sortons de la plus grande illusion qui soit que nous sommes individuellement des électrons libres.

Homme ?!    Femme ?!    Humains avant tout !

Namasté

Les horophages

Il a attrapé mon regard et ma vie s’est mise en « stand by ».

Petit point rouge allumé : mon coeur bat, mes poumons respirent, preuve que je suis encore « sous-tension ».

Mais plus de son, plus d’images, je suis absente de ma vie.

Je suis absent-e de la Vie.

Mon voisin de table n’existe plus.

Je ne sens plus la chaleur du chat sur mes genoux.

Mon mari ronfle à côté de moi, mais le bruit de scie est aussi lointain que celui des scies qui assassinent l’Amazonie.

Ma femme crapahute au soleil dans la nature luxuriante et dans un plaisir intense, mais moi je ne manque de rien dans ma bulle stérile.

Je suis ici et pourtant ailleurs.

Je connais cette sensation pour l’avoir vécue maintes fois en état d’hypnose, voire d’auto-hypnose, où ma conscience ayant choisi avec moi, nous nous sommes promené-es dans des contrées extraordinaires.

Je suis maintenant absent-e de ma vie.

Mes douleurs ne prennent plus tout l’espace. Elles m’offrent même un répit, comme si c’était les douleurs de quelqu’un d’autre.

Par automatisme heureusement, mon coeur bat, mes poumons respirent, mais mes cinq sens sont éteints : plus de goût, plus d’odorat, plus de toucher, plus de vision et surtout plus d’ouïe !  😉

– Hé ! … tu m’entends !?

– Excuse-moi, j’avais juste à répondre ! (ou excuse-moi, je cherche juste un truc!)

– NON ! Je n’excuse plus !

– NON ! Marre de tous ces trucs qui n’en sont pas !

Sors de ta torpeur, sors de ton esclavage, sors de ta prison !

Tes minutes, tout comme les miennes, nous sont comptées.

Ton « truc », quel qu’il soit, qui me vole même trente secondes de toi, ne nous les rendra pas.

Les heures qui s’écoulent dans ton apathie te sont volées. Ta vie ressemble à un morceau d’Emmental : vide – chair – vide -chair – etc.

Redeviens Comté ou Gruyère !

Chair dense et parfumée, vivant-e à deux cent pour cent, jusque dans tes douleurs qui te parlent !

Plus de trous, plus d’absence, plus de réveils à te dire : wouahou ! Déjà tout ce temps passé, flûte ! faut que j’me stresse pour rattraper mon retard.

Arrêtons de fuir la Vie, cette chose si merveilleuse que chaque seconde est un diamant.

Nous sommes des joailliers qui s’ignorent.

La Vie est une fortune qui s’égrène seconde par seconde.

Une seule seconde vaut la peine d’être vécue pleinement.

Aucune seconde ne mérite de m’être volée, de nous être volée.

        J’éteins mon écran …

                         … de quelque ordre qu’il soit !

Namasté

Je suis de la Nature

Les religions imposent des règles : à genoux ! Debout ! Assis ! Prosterne-toi ! Fais ceci ! Ne fais pas cela ! Pense ainsi ! Agis comme cela ! …

Je suis de la Nature comme on l’est d’une Religion.

En moi vivent les cinq éléments, l’air, l’eau, la terre, le feu, l’éther.

Mon corps est matière. Né de la rencontre de deux cellules exogènes, il est matière, il redeviendra poussière-terre (règle no 1).

Il a pris vie dans l’océan de ma mère(mer). De mon environnement aquatique, j’ai gardé l’absolue nécessité de boire de l’eau (règle no 2).

Pour exister, j’ai dû brailler comme un putois afin que mes alvéoles pulmonaires se décollent et accueillent l’air. Si je respire n’importe comment, je vis n’importe comment (règle no 3). Mon souffle trahit mes émotions. Mes émotions régissent ma respiration. Mon vent intérieur peut être tempête ou mer calme selon ma seule pensée.

37,2° le matin ou 40° le soir sont les seules marges à peu près acceptables pour mon feu intérieur. La même fourchette de plus ou moins quelques dixièmes de degré concerne tous les humains sans exception, du pauvre hère au dirigeant suranné (règle no 4). Si je deviens froid-e, ce n’est pas bon signe !

Ma naissance occidentale m’a fait prendre conscience très tard de mon éther. Au-delà du visuel vit en moi un champ énergétique que certaines personnes hyper-sensibles peuvent capter. Cet élément est reconnu depuis des millénaires en orient. Mais, convaincu-e de ma suprématie en toute chose, j’ai dédaigné ce fait aléatoire et si peu perceptible selon l’entêtement de ma bêtise (règle no 5).

Muni-e de mon précieux petit carnet d’écolier que je porte en moi en permanence, je peux parcourir la vie en toute circonstance, dans la mesure où je sors de mes prisons de béton.

Mes pieds nus dans la rosée du matin m’enseignent que ma chaleur corporelle réchauffe les quelques centimètres carrés de terre où ils reposent. La fraîcheur ressentie au premier contact devient tiédeur et confort. Si je bouge d’un orteil, un frisson parcourt mon corps jusqu’à ce que les éléments se réalignent à ma chaleur corporelle.

La forêt m’explose à la figure. Du chaos indescriptible je perçois l’éternité : la vie conduit à la mort, de la mort renaît la vie. Sur le tronc de l’arbre centenaire pourrissant au sol, tout un petit peuple moussu, grouillant, immuable, jaillit à la vie. Insectes, champignons, végétaux encouragent la petite graine portant les gènes du géant vaincu, tombée à quelques centimètres, à se hisser courageusement vers le dôme majestueux de ma cathédrale préférée.

Le bleu azur du ciel m’émeut aux larmes. Puisqu’il n’y a rien, pourquoi est-il d’un si beau bleu ? bleu ciel, bleu nuit, rosé, rouge incandescent, blanc, noir, gris.

Sa poésie est attaquée, aussi, de la main de l’homme. Ces grandes lignes floconneuses qui s’entrecroisent partout et de plus en plus ne me disent rien qui vaille.

Touche pas à mon ciel !

L’eau froufroutante de ma rivière coule dans les veines de mon coeur. Depuis combien de siècles a-t-elle dessiné son lit dans les brins d’herbe de ma prairie, penchés, étonnés, sur elle ? Je rêve à chaque saison de la sentir caresser mon corps nu et abandonné à sa douceur soyeuse. Elle me le permet une petite dizaine de fois dans l’année, au plus chaud de l’été et au paroxysme de ma frilosité, rendant à l’acte toute la magie du sacré. J’ai confiance en sa régénération naturelle. Chacun des ses soubresauts attrape la particule d’oxygène qui la nettoie de l’inconscience de l’homme. Elle sait sa suprématie, son immobilité, sa force, sa grandeur. Qu’elle se mette en colère et tout est emporté, rien ne peut plus l’arrêter. Je me sais toute petite dans ses bras, je la sais toute puissante dans mes cellules. Elle jaillit dans mes émotions chargée du sel de la vie.

D’où vient cette eau de mer que ma langue recueille sur ma joue inondée ?!

De mon univers intérieur.

Donnez-moi pour le nourrir des aliments vivants ! Je ne veux pas de votre alchimie industrielle, de vos amalgames foireux qui vous font croire que vous êtes Dieu ! Telle pilule rose me redonne le moral ! Telle bouillie blanche calcifie mes os ! Telle barre protéinée regonfle mes muscles ! Pouirk !

Je ne veux qu’un verre d’eau fraîche et pure, une belle pomme rouge et juteuse gorgée de ciel, une carotte croquante et toute orangée des nutriments de la terre.

Je suis de la Nature !

Namasté

L’enfermement

L’enfermement, c’est quand nous sommes piégés dans nos pensées, dans « notre » problème.

Qu’il y ait plusieurs points positifs ou négatifs dans notre vie, un seul, récurrent, obsédant, prend toute la place, toute notre énergie.

Je suis dans le contrôle, je ne sais plus comment lâcher prise.

Alors que les textes précédents renvoient à chercher ma solution à l’intérieur de moi (quel que soit le problème, il m’est adressé à moi-seul-e pour ma seule évolution), l’enfermement m’apprend que je suis pris-e au piège de mon ego.

Dans un déséquilibre total, je n’ai plus aucune conscience de l’extérieur, de la vie qui s’écoule inexorablement, avec ou sans moi. En l’occurrence, dans ce problème-là, c’est sans moi.

Où que je me tourne, je me heurte à un mur.

Le mur de la prison que j’ai construit seul-e.

Attention ! Sors immédiatement de ta culpabilité stérile :

– je suis nul-le

– je n’y arriverai jamais

– pourquoi les autres y arrivent et pas moi ?!

C’est encore ton ego qui parle, le vilain Gimini Cricket qui te fait croire que tu peux, que tu dois être parfait-e et tout savoir d’un coup de baguette magique.

Tout déséquilibre entraîne de l’inconfort.

Tu peux tout pardonner à n’importe qui, comprendre ce qui a poussé l’autre à agir de telle façon, mais tu es le pire juge pour toi :

– Coupable ! Prison à vie !  😉

Hé ! On se calme ! Personne ne vient au monde avec la science infuse.

Si je suis sur Terre, incarné-e, c’est justement que mon âme a accepté de venir à l’école.

Le déni de l’existence de l’âme, une énergie supérieure toute de compassion et d’amour, me convainc que j’ai le contour d’un roc, sa dureté, son inertie, mais malheureusement pas sa longévité.

Qu’est-ce que je risque à croire, pour une fois, que j’ai une âme, que dans cette conscience du je suis bien plus que mon image, je ne suis jamais seul-e ?!

Au pire, je me trompe : il n’y a rien que la matière. Dans moins de cent ans, je n’aurai plus aucun problème, je serai redevenu-e poussière.

Cela me permet de relativiser mon problème actuel : est-il si important ? Va-t-il prétériter l’avenir du monde ? Met-il ma vie en danger de mort ? Cela vaut-il la peine que je le combatte avec autant d’énergie ?

Au mieux, j’accepte ma leçon. Je suis sur le banc de la classe et je reconnais le professeur, ou la situation, l’autre, celui qui me titille, celui qui m’embête et à qui je donne tous les pouvoirs, tout mon pouvoir.

Dans mon rôle de victime, je me suis coupé-e de ma Source, mon ego s’est cru seul maître à bord et je tangue au risque de chavirer, voire de couler.

Là ! Doucement, tranquillement, ma respiration revient au calme. Je suis la mer en pleine tempête. Qu’est-ce qui provoque les tempêtes : le vent dé-chaîné ! sans chaîne, sans retenue !

Qu’est-ce qui provoque ma tempête intérieure ? : mon souffle dé-chaîné ! Vois-tu la corrélation ? Tout est question de souffle ! Sur mer calme, le vent est présent, bien équilibré entre le trop et le trop peu et pousse sans heurt le voilier vers l’horizon.

Par tempête force 10 (voir l’échelle de Beaufort : les embruns obscurcissent la vue, on ne voit plus rien), il faut abaisser toutes les voiles, la coque chavire de tout côté, je suis recroquevillé-e au fond de la cale pour ne pas passer par-dessus bord. La lutte est devenue inutile tant qu’il n’y a pas de retour au calme.

J’ai ce magnifique privilège sur ma tempête intérieure : par la seule pensée du retour au calme de ma respiration, je peux rendre la quiétude à mon océan intérieur  😉 .

Wouahou ! Je suis mon propre météorologue !

Enfin ! Je vois poindre une petite lumière !

Enfin ! … je peux commencer à m’aimer ! …

Namasté

Ma pensée est comme un petit enfant

Livré à lui-même, il devient capricieux, hyperactif ou apathique et coléreux. Sans éducation, il part dans tous les sens et me tyrannise.

Tant que je n’ai pas pris conscience que je peux éduquer ma pensée, elle part dans tous les sens et me tyrannise.

Il en ressort principalement des peurs incontrôlables et infondées.

La plupart du temps, mes peurs sont le fruit de mon imagination. Alors que cette émotion, la peur, nous a été donnée pour percevoir un réel danger qui menace notre vie, dans les mains de ma pensée livrée à elle-même, elle devient une arme qui se retourne contre moi.

Bien au chaud dans mon lit, j’ai peur de mon voisin agressif, de la crise qui menace mon confort, des prétendues pandémies qu’on nous brandit sous le nez régulièrement, et de mille maux hypothétiques.

Je suis seulement inconscient-e que je suis bien au chaud dans mon lit et qu’ici et maintenant rien ne peut m’arriver.

J’ai juste laissé ma pensée partir en vrille  😉 .

Comme un petit enfant au caractère bien trempé avec qui il faudra du temps, de la patience, de la fermeté et beaucoup d’amour, il me faudra du temps, de la patience, de la fermeté et beaucoup d’amour pour éduquer ma pensée alors que je ne savais même pas il y a un instant que je pouvais l’éduquer.

Mon regard me donne une vision et une perception de tout ce qui est extérieur à moi. Il me donne un avis sur ce qu’il faudrait changer d’extérieur selon moi pour être heureux-se.

Tous mes sens, la plupart du temps, sont tournés vers l’extérieur, car depuis notre premier souffle, on nous enseigne à faire.

Le faire c’est l’extérieur.

A ma connaissance, un seul petit enfant sur Terre a une chance inouïe, c’est le futur remplaçant du Dalaï-Lama; à lui, on lui apprend à être ! :

je suis la réincarnation de la sagesse

je suis la représentation matérialisée du Savoir Absolu.

Selon le principe du Un dont nous sommes tous sans exception, je suis moi aussi, Claudine, cinquante-cinq ans, citoyenne du monde à peau blanche, la réincarnation de la sagesse, la représentation du Savoir Absolu, mais personne ne me l’a appris, personne ne me l’a dit, parce que personne ne le savait.

– dis bonjour à la dame

– lave-toi les mains

– fais tes devoirs

– ne tire pas la langue à ta sœur … 😉 .

Toutes les consignes que j’ai reçues de mes parents que j’affectionne beaucoup et de mes enseignants, toutes ces personnes que je remercie du fond du cœur ne savaient pas qu’on pouvait aussi être, tout simplement, merveilleusement, être.

Comme ce petit, futur Dalaï-lama, qui apprend tout d’abord à être, pour ensuite faire dans la conscience du je suis.

Tout ce que je fais dans la conscience du je suis prend une toute autre dimension. Je ne peux plus faire le mal car je suis, je ne peux plus juger car je suis, je ne peux plus haïr car je suis.

Ma grande chance a été que ma pensée parte complètement en vrille à vingt-six ans et m’entraîne dans une profonde dé-pression qui a duré trois ans, mais dont il m’a fallu dix ans pour m’en extraire totalement.

Je coupe sciemment le mot dépression en deux, car cet épisode douloureux m’a totalement coupée de la pression du faire. D’ailleurs, toute personne dépressive sait qu’elle a tous les maux à faire, même les plus basiques des gestes quotidiens.

Coupée de tous mes faire, j’avais deux options :

1) m’ôter la vie devenue inutile (mais l’idée de laisser deux adorables petits orphelins que j’aime plus que moi-même m’a sauvée)

ou 2) me reconstruire, mais dans quelle dimension ?!

Dans l’être (je remercie l’ami qui m’a fait connaître alors cette possibilité).

Je le sais maintenant avec le recul de l’expérience que nous n’avons que ces deux options : faire et-ou être, mais à l’époque c’était le brouillard total sur ce nouveau chemin inconnu de mes « éducateurs » et de moi par voie de conséquence.

Le « je suis » a ceci de merveilleux que nous ne sommes plus jamais seuls-es (à développer dans un prochain texte peut-être).

Il s’agit tout d’abord de fermer totalement mon regard sur l’extérieur et de le tourner à l’intérieur de moi.

Les premières fois surprennent : c’est quoi ce capharnaüm ? c’est quoi ce brouhaha ? Oh là ! on se calme là-dedans !  😉

Petit à petit, je prends conscience de ma respiration, de mon coeur qui bat sans que je n’ai rien à faire et tout à coup je l’aperçois ce vilain gamin qui fait tant de bazar : Ma Pensée ! celle qui génère jusqu’à trente mille pensées par jour ! Faut-il qu’elle en ait de l’énergie à gaspiller celle-là !  😉

Pas à pas, je deviens amie avec elle, pas à pas je souris de ses bêtises et de ses tentatives de prise de pouvoir.

– Tss, tss, ma cocotte ! Dorénavant, je suis vigilant-e ! Je ne t’autorise plus tes caprices !

Je suis

et dans cette dimension je suis l’univers tout entier.

(Merci Maria, avec toute ma tendresse)

Namasté