{"id":410,"date":"2015-03-08T09:48:08","date_gmt":"2015-03-08T08:48:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.centchemins.fr\/?p=410"},"modified":"2015-03-12T09:58:33","modified_gmt":"2015-03-12T08:58:33","slug":"ode-a-tous-les-humains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.centchemins.fr\/?p=410","title":{"rendered":"Ode \u00e0 tous les Humains"},"content":{"rendered":"<p><em><\/em><\/p>\n<p>Le Tr\u00e8s-Bas &#8211; Christian Bobin<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hommes ont peur des femmes. C&rsquo;est une peur qui leur vient d&rsquo;aussi loin que leur vie. C&rsquo;est une peur du premier jour qui n&rsquo;est pas seulement peur du corps, du visage et du coeur de la femme, qui est aussi bien peur de la vie et peur de Dieu. Car ces trois-l\u00e0 se tiennent de pr\u00e8s \u2013 la femme, la vie et Dieu. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une femme\u00a0? Personne ne sait r\u00e9pondre \u00e0 cette question, pas m\u00eame Dieu qui pourtant les conna\u00eet pour avoir \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par elles, nourri par elles, berc\u00e9 par elles, veill\u00e9 et consol\u00e9 par elles. Les femmes ne sont pas Dieu. Les femmes ne sont <em>pas tout \u00e0 fait Dieu<\/em>. Il leur manque beaucoup moins qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;homme. Les femmes sont la vie en tant que la vie est au plus pr\u00e8s du rire de Dieu. Les femmes ont la vie en garde pendant l&rsquo;absence de Dieu, elles ont en charge le sentiment limpide de la vie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, la sensation de base de la vie \u00e9ternelle. Et les hommes, ne pouvant d\u00e9passer leur crainte des femmes, croyant la d\u00e9passer dans des s\u00e9ductions, des guerres ou des travaux, mais ne la d\u00e9passant jamais r\u00e9ellement, les hommes, ayant une peur \u00e9ternelle des femmes, se condamnent \u00e9ternellement \u00e0 ne presque rien conna\u00eetre d&rsquo;elles, presque rien go\u00fbter de la vie et de Dieu. Parce que ce sont les hommes qui font les \u00c9glises, il est in\u00e9vitable que les \u00c9glises se m\u00e9fient des femmes, comme d&rsquo;ailleurs elles se m\u00e9fient de Dieu, cherchant \u00e0 apprivoiser celles-ci et celui-l\u00e0, cherchant \u00e0 contenir la vie en crue dans le lit bien sage des pr\u00e9ceptes et des rites \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026 La diff\u00e9rence entre les hommes et les femmes n&rsquo;est pas une diff\u00e9rence des sexes mais des places. L&rsquo;homme c&rsquo;est celui qui se tient \u00e0 sa place d&rsquo;homme, qui s&rsquo;y tient avec lourdeur, avec s\u00e9rieux, bien au chaud dans sa peur. La femme c&rsquo;est celle qui ne tient dans aucune place, pas m\u00eame la sienne, toujours disparue dans l&rsquo;amour qu&rsquo;elle appelle, qu&rsquo;elle appelle, qu&rsquo;elle appelle. Cette diff\u00e9rence serait d\u00e9sesp\u00e9rante si elle ne pouvait \u00eatre franchie \u00e0 tout instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nL&rsquo;homme qui ne sait des femmes que la crainte qu&rsquo;elles lui inspirent et qui donc n&rsquo;en sait rien, l&rsquo;homme a cependant un d\u00e9but de lumi\u00e8re, un fragment de ce qu&rsquo;est Dieu, dans sa m\u00e9lancolie du rire des femmes, dans sa nostalgie invincible d&rsquo;un visage \u00e9clair\u00e9 d&rsquo;insouciance. Il est toujours possible pour un homme de rejoindre le camp des femmes, le rire du Dieu. Il y suffit d&rsquo;un mouvement, un seul mouvement pareil \u00e0 ceux qu&rsquo;en ont les enfants quand ils se jettent en avant de toutes leurs forces, sans crainte de tomber ou mourir, oubliant le poids du monde. Un homme qui ainsi sort de lui-m\u00eame, de sa peur, n\u00e9gligeant cette pesanteur du s\u00e9rieux qui est pesanteur du pass\u00e9, un tel homme devient comme celui qui ne tient plus en place, qui ne croit plus aux fatalit\u00e9s dict\u00e9es par le sexe, aux hi\u00e9rarchies impos\u00e9es par la loi ou la coutume\u00a0: un enfant ou un saint, dans la proximit\u00e9 du Dieu \u2013 ou des femmes. Et sur ce point l\u2019\u00c9glise de Rome se s\u00e9pare de toutes les autres\u00a0: nul plus que le Christ n&rsquo;a tourn\u00e9 son visage vers les femmes, comme on tourne ses regards vers un feuillage, comme on se penche sur une eau de rivi\u00e8re pour y puiser force et go\u00fbt de poursuivre le chemin. Les femmes sont dans la Bible presque aussi nombreuses que les oiseaux. Elles sont l\u00e0 au d\u00e9but et elles sont l\u00e0 \u00e0 la fin. Elles mettent le Dieu au jour, elle le regardent grandir, jouer et mourir, puis elles le ressuscitent avec les gestes simples de l&rsquo;amour fou, les m\u00eames gestes depuis le d\u00e9but du monde, dans les cavernes de la pr\u00e9histoire comme dans les chambres surchauff\u00e9es des maternit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Christian Bobin &#8211; Le Tr\u00e8s Bas<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nChapitre \u00ab\u00a0Le camp des femmes, le rire du Dieu\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nISBN 2-07-072\/15-2<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<em>Nos diff\u00e9rences nous rendent compl\u00e9mentaires. Nous ne sommes que la moiti\u00e9 du Tout les uns sans les autres. Rejoignons-nous dans le respect de nos forces et de nos fragilit\u00e9s, dans la compl\u00e9tude du Un dont nous nous croyons s\u00e9par\u00e9s. Sortons de la plus grande illusion qui soit que nous sommes individuellement des \u00e9lectrons libres.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<em>Homme\u00a0?!\u00a0\u00a0\u00a0 Femme\u00a0?!\u00a0\u00a0\u00a0 Humains avant tout\u00a0! <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Namast\u00e9<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Tr\u00e8s-Bas &#8211; Christian Bobin Les hommes ont peur des femmes. C&rsquo;est une peur qui leur vient d&rsquo;aussi loin que leur vie. C&rsquo;est une peur du premier jour qui n&rsquo;est pas seulement peur du corps, du visage et du coeur de la femme, qui est aussi bien peur de la vie et peur de Dieu. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-410","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"views":1063,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/410","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=410"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/410\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":411,"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/410\/revisions\/411"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=410"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=410"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.centchemins.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=410"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}