Le toucher

La paume des mains.

La plante des pieds.

La verticalité a été donnée à l’homme.

Avec elle, l’équilibre. Cette force tendue entre le trop et le pas assez.

Reconnaître le pouvoir de la paume des mains sans conscience de la plante des pieds s’apparente à un bateau sans voile, chahuté par le courant, sans ancre, incapable de se fixer au bon port.

Nos mains saisissent à longueur de journée.

La fine peau de nos paumes nous donnent une myriade d’informations traduites par notre système nerveux. Merveille de la Création.

Au-delà du toucher, nos mains sont des antennes. Nul besoin du contact pour juger d’un état énergétique. Au contraire, la distance augmente avec subtilité la connexion aux vibrations.

Notre attention et notre vigilance ont été attrapées par des écrans.

Notre toucher est devenu otage des mêmes écrans.

Nous ne caressons plus, nous «scrollons».

La peau du bout de notre index est devenue le «sésame ouvre-toi» d’une énorme bibliothèque de connaissances virtuelles.

Plus de connexion, ou si peu, à notre intuition, notre ressenti, notre savoir ancestral transmis oralement de bouche à oreilles, de main à regards :

– Vois, mon enfant ! Il faut faire ainsi.

Et les mains s’envolaient sur un rabot, une casserole, un pinceau, un archet.

Notre «maître à penser» est devenu un petit boîtier froid et sans âme, n’ayant de cesse d’être touché, porté, regardé, déifié. Veau d’or des temps dits «modernes».

Que dire de la plante des pieds, étouffée, enfermée dans d’infâmes «baskets» (paniers, soit dit en passant pour les non-anglophones), dont les semelles sont toujours en plastique, portées en toute occasion, même les plus brillantes, sans égard pour les fautes de goût.

En même temps que les téléphones portables, les baskets se sont démocratisées à outrance.

Pourtant, les mêmes capteurs subtils se retrouvent sous la peau de la paume des mains et de la plante des pieds. On dit bien plante : alors, mi-animal ?! mi-végétal ?!

Qui en a conscience aujourd’hui ? Où déambuler pieds nus en beaucoup d’endroit est interdit, comme si la personne était de la pire déviance possible.

Alors qu’il ne s’agit que d’être dans le ressenti, ancré-e.

Dans les moudras du yoga, dans les mains jointes ou offertes en prières, il y a cette notion de connexion au Grand Vide qui contient Tout, à l’Écoute divine, à la conscience de notre corps, antenne indispensable reliée à un Savoir ancestral.

Qui sait encore que la tendre peau de la plante de nos pieds enfermée à longueur de journée a la même fonction ?

Quand je marche pieds nus dans l’herbe, dans l’eau, dans le sable, sur la terre meuble, je permets à l’électricité statique de mon corps de s’évacuer. Combien de fois dans une année puis-je le faire ? En pleine conscience ?

Nous avons l’immense chance de pratiquer ce «nettoyage» énergétique, subtil, sous l’eau de notre douche.

Quotidiennement, en mode automatique, nous ne nous déchargeons pas seulement des scories de la journée, mais également des interactions lourdes qui nous ont apesanti-es.

Revenons à cette sagesse ancestrale des amérindiens, dont les mocassins frappent le sol en rituel, tels les peuples africains, océaniens, aborigènes, voire nordiques par les bains rituels eux aussi.

Les plantes de mes pieds sont mes capteurs, mes racines, mon ancrage, ma soupape par laquelle j’évacue toutes les énergies non souhaitées qui voudraient stagner en moi.

Quand je me lève, quand je marche, quand je suis occupée à mes multiples tâches, régulièrement mon esprit revient au contact de mes pieds avec le sol, avec mes chaussettes, dans des chaussures ou non.

Cette simple pensée m’amène à un doux ressenti qui m’éloigne de mes élucubrations mentales et ouvre une fenêtre de paix et de calme : là je suis, dans l’instant ! Bien ancrée.

Namasté

Claudine

* A ma belle Âm-ie M.-L.

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